Histoire du Grand Temple

Ce bel édifice servant de culte à l’Eglise réformée de Lyon (devenue Eglise protestante unie) est l’oeuvre du grand architecte Gaspard André, auquel les Lyonnais doivent également – entre autres – le théatre des Célestins, la fontaine des Jacobins ou l’église St Joseph.

Au moment du concordat de 1803, la Loge du Change avait été affectée au culte protestant. Compte-tenu de l’accroissement de la population réformée de la ville, on y avait procédé à des aménagements successifs, dont la construction de tribunes qui demeurèrent cependant insuffisantes.

Dès 1860, il est question d’édifier un temple sur la rive gauche du Rhône. L’idée en revient à Jules Aeschimann, Pasteur à Lyon depuis 1833, mais ce n’est qu’après la guerre de 1870 que cette réflexion est remise à l’ordre du jour.

Le 17 décembre 1872, le consistoire décide d’acheter un terrain appartenant aux Hospices Civils, sur le quai de la Guillotière, actuel quai Victor Augagneur, et demande à Gaspard André de lui fournir des plans pour l’édification d’un temple avec une grande sacristie, une salle de catéchisme, une bibliothèque, une école, un appartement pour le pasteur et un vestiaire pour les indigents.

Gaspard André était né à Lyon le 16 mars 1840, 13 rue Juiverie. Il était le second fils de François Abraham André, menuisier puis entrepreneur en bâtiments, et de Charlotte Elisabeth Chanson son épouse, tous deux protestants originaires de Suisse.

Il est admis le 3 novembre 1856, par authorisation spéciale en tant que fils d’étranger, à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Il suit en 1858 les cours d’architecture d’Antoine Marie Chenavard. Il obtient plusieurs prix, notamment en classe d’ornement et au “Concours archéologique” de la Société académique d’architecture de Lyon pour l’année 1861. Il entre à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris le 28 novembre 1862, à la suite de quoi il obtient en 1865 et 1870 deux seconds grands prix de Rome. Entre-temps, il participe à de nombreux concours d’architecture et sejourne en Italie.

En 1870, après la déclaration de guerre, il s’engage dans la légion des mobiles du Rhône appelée à barrer la route aux Prussiens qui ont pris Dijon. Le 10 avril 1871, il épouse à Uzès Alix Clotilde Blanche Vincent, qui lui donnera deux fils.

Le 20 janvier 1873, André présente au consistoire son projet architectural comprenant le temple de 1 400 places ; il s’agit en fait de l’aboutissement d’études personnelles menées depuis 1860 pour la construction d’un temple à Lyon, associées à celles élaborées pour le concours de la reconstruction de la cathédrale de Berlin en 1868.

Approuvés par le consistoire le 22 avril 1873 et modifiés le 9 avril 1874, les plans sont agréés par le préfet du Rhône le 18 août 1879. Pendant ce temps – fort long – les fonds destines au projet sont collectés auprès des paroissiens. Une subvention de 150 000 francs est accordée par la ville et une autre de 20 000 par l’Etat. Avec la souscription de 311 000 francs des protestants, ce sont au total 481.000 francs qui sont rassemblés.

Gaspard André déclarera : “Les dépenses se sont élevées, non compris l’acquisition du terrain, les frais d’acte et l’installation des écoles et du vestiaire des pauvres, très près de 400.000 F. Dans ce chiffre figurant le mobilier, les tentures, les orgues”.

Construit en quatre ans, l’édifice est inauguré le 1er mai 1884 par Jules Aeschimann, alors dans la cinquantière année de son ministère Lyonnais.

L’architecte a utilisé un plan en forme de croix grecque avec tribunes sur trois faces. Les escaliers et divers locaux sont installés dans les espaces situés entre les bras de la croix. On est ainsi en présence d’un plan centré, dispositif communautaire où les fidèles occupent toute la salle du culte. Ici, les conseillers consistoriaux conservent leurs places à proximité du prédicateur, prédicateur qui doit être vu et entendu par toute l’assemblée. Ce type de plan est conforme à l’organisation de l’espace cultuel qui s’est imposé à partir du dix-septième siècle à l’ensemble des églises réformées.

Cependant, avec le temple des Brotteaux, l’architecte doit tenir compte du terrain qui lui est imparti : une parcelle en forme de trapèze rectangle, et corriger un “biais” très important de 4,70 m du côté du quai. Il exécute ainsi de façon très ingénieuse une façade concave, “sorte de paravent monté hardiment au niveau des maisons voisines”, tout en tenant compte de la règlementation municipale.

Grand_templeLyon1Pour ce faire, la façade présente un corps central imposant flanqué de deux petites ailes. Elle est rythmée par quatre pilastres colossaux et s’ordonne sur deux niveaux : le premier présente une porte centrale surmontée d’un tympan orné de feuillages, et dans chaque aile deux fenêtres superposées ; le second est composé de trois arcades dans le corps central et d’un décor de galerie sur chacune des ailes. Ces baies à rythme ternaire sont encadrées par des colonnettes. Le corps central est couronné d’un important fronton surmonté d’une croix.

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Dès que nous entrons dans la salle du culte, la chaire pastorale et le grand orgue, qui dominent la table de communion, s’imposent d’emblée. Cette disposition traduit bien l’évolution de la sensibilité protestante, qui semble s’enraciner au dix-neuvième siècle dans la prédication et la louange.

Cet ensemble, à la fois simple et imposant, est éclairé d’une lumière douce – toute symbolique – tombant de la coupole vitrée, élément de bravoure architecturale.

16-1 trois alcoves barth math paul après

Le décor peint, tout aussi sobre, est constitué d’inscriptions de versets de la Bible, parfois retranscrites dans un style lapidaire : “Elles me paraissaient être, dit Gaspard André, un des éléments décoratifs les plus actuels pour les édifices d’une religion qui vit de l’Ecriture”.

Déjà sur la façade monumentale, au-dessus du portail, nous avons pu lire, gravé dans une Bible ouverte : Les cieux et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas, et autour de la verrière : Je suis le chemin de la vérité et de la vie, personne ne vient au Père que par moi. Une fois la porte franchie, toutes les inscriptions sont empruntées au Nouveau Testament, avec des citations de Mathieu, Luc et Jean.

Les quatre pendentifs de la coupole sont consacrés aux Evangélistes dont le nom est inscrit dans un ovale. Les peintures à la chaux qui couvrent les murs et les voûtes “sont des rouges, des bleus, des verts, des jeunes qui appartiennent à la famille peu tapageuse de ces gris plus ou moins coloriés qu’on rencontre dans les pierres non polies”.

18-11 fond et tribune aprèsLe confort n’a pas été oublié. Aucun détail n’a échappé à l’architecte. Tout a été pensé, calculé : l’éclairage du jour, “lumière apaisante” tombant de la voûte ; l’éclairage du soir, par “quatre lampadaires accrochés à hauteur moyenne aux pans coupés des piles de la voûte” ; le cha uffage, par une grande chambre chaude en dessous du plancher ajouré de la salle du culte ; les bancs, dont les pieds sont fixés au sol par des charnières permettant leur basculement lors du nettoyage et dont la pente des dossiers a été mûrement calculée…

Le temple des Brotteaux a également été doté par Gaspard André du premier orgue électrique du facteur Merklin, préféré à Cavaillé-Coll. Après que le marché de 35 000 francs correspondant à un appareil à deux claviers et pédale – avec machine Barker – ait été signé le 10 avril 1883, Merklin avait en effet proposé “de remplacer le mécanisme de l’orgue du Temple par l’électricité”, sans augmentation de prix ni délai ; ce qui fut accepté.

L’orgue fut inauguré le 26 mai 1884 par le premier titulaire A. Périlhou, ancien élève de l’école Niedermeyer, professeur de piano au Conservatoire, qui demeurera à ce poste jusqu’en 1888, année où il sera remplacé par Jemain.

Une deuxième console sera ajoutée sur la tribune, en face de l’instrument, en 1892.

Le 30 août 1922 un violent incendie – ayant pour foyer principal le buffet d’orgue – se déclare, causant d’importants dégâts qui exigent la réfection complète des enduits et de l’ornementation intérieure, ainsi que des orgues, et la réparation de la charpente, des boiseries et des vitrages.

L’orgue est reconstruit en 1923 et 1924 par la maison Michel Merklin et Kuhn, de Lyon, pour la somme de 109 500 francs. La console est rénovée, l’instrument doté d’une transmission mécano-pneumatique et porté à trois claviers Il est réceptionné le 25 octobre 1924 en présence des membres du consistoire.

Il a reçu quelques modifications dans les années 1960, mais la majeure partie de la tuyauterie actuelle date de 1924.

La façade du grand temple du quai Augagneur a été inscrite le 27 mars 1975 sur l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques, suivie le 9 juillet 1996 par l’ensemble du temple, y comdpris le décor, le buffet des orgues et les bâtiments du cours de la Liberté.

D’après le
Recueil sur la Petite et Grande Histoire de Lyon
au hasard des lieux par Yves Camberlin – Tome IV
Editions du Bijou

www.grandtemple.fr

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